23 décembre 2008 2 23 /12 /décembre /2008 17:30

Cher Jean Luc Mélenchon,

C’est avec chaleur et enthousiasme que je soutiens ton initiative de création du Parti de Gauche et que je souhaite entrer dans son comité de parrainage.

Au moment où un capitalisme pudiquement rebaptisé libéralisme montre sa vraie nature, il est décisif qu’un nouveau parti relève les défis de notre temps du point de vue d’une gauche décomplexée, qui ose enfin sa politique. La droite, elle, ne se gêne pas pour oser la sienne, et l’on en mesure chaque jour les tristes conséquences.

Il faut en finir avec l’épouvantail sans cesse agité du totalitarisme dès qu’une loi sociale est pensée, promue, ou simplement défendue. Il faut en finir avec le chantage à la ringardisation dès que des hommes de gauche osent assumer des valeurs dont après tout nul ne devrait avoir à rougir, tant elles furent et restent les fondements du progrès social.

Celui-ci rend possible un authentique progrès économique des sociétés tout en le tournant vers l’accomplissement de tous. Il faut aussi en finir avec l’insulte permanente aux droits sociaux, tenus pour un assistanat par l’idéologie méprisante de ceux qui jouent leur mobilité dans le ciel de la classe affaires, et n’ont pas de mots assez durs pour toute politique de solidarité.

D’ailleurs qui assiste qui ? la question doit être retournée contre ceux qui comptent sur les deniers publics pour compenser leur irresponsabilité, soigner les dépressions des travailleurs qui perdent leur emploi pour cause de juteuse délocalisation, réparer les dommages à l’environnement. Voilà bien la contradiction de l’ultralibéralisme en vogue.

Alors que selon lui les tenants du capitalisme ne doivent compter que sur eux-mêmes et assumer tous les coûts de leurs initiatives, on voit bien que le coût social du chômage, de la pollution, et aujourd’hui de la spéculation financière est laissé à la charge de la communauté, dont toute intervention sociale est pourtant vilipendée par principe. À cet égard l’économie libérale est bien une économie assistée, car elle n’assume pas tous les coûts qu’elle devrait pourtant assumer selon son idéologie de justification. Les travailleurs, quant à eux, ne « demandent » aucune manne providentielle: ils exercent tout simplement leurs droits, tirés des revenus de leur travail. Osons rompre avec le vocabulaire de l’idéologie dominante, qui tente de culpabiliser les victimes du système et persiste à appeler « État-Providence » ce qu’il est bien plus juste d’appeler l’État social de droit. Les mots sont importants :ils peuvent consacrer la victoire idéologique des dominants, ou au contraire la remettre en question.

S’inscrire dans l’héritage du meilleur des luttes sociales menées pour civiliser le capitalisme, pour en contester la logique, c’est rappeler que le social ne peut être réduit à un simple résidu de l’économique. Défendre la référence républicaine au bien commun et à l’intérêt général, c’est approfondir la démocratie en donnant à la souveraineté populaire son assise. A cet égard, dans le sillage de la république laïque et sociale chère à Hugo et à Jaurès, nous avons à promouvoir toutes les formes d’émancipation. Politique et juridique, bien sûr, dans le droit fil de la Révolution Française, qui osa la première séparation de l’Etat et de l’Eglise et jeta les bases d’une citoyenneté affranchie. Intellectuelle et culturelle, dans le prolongement de Condorcet qui voulait « rendre la raison populaire » et inventa la notion d’instruction publique, aujourd’hui mise à mal. Economique et sociale, pour donner chair et vie aux droits, et pour faire que les libertés ne sonnent pas creux du fait que leurs conditions concrètes ne sont pas réunies.

La Gauche ne peut exister sans se référer à l’exigence généreuse de conjuguer ces formes de l’émancipation, sans dénoncer les illusions idéologiques que la morgue des dominants entend imposer pour édulcorer toute véritable contestation. À l'âge d'une mondialisation capitaliste génératrice de souffrance et de désespoir pour beaucoup, il faut lutter sans complexe pour tout ce qui peut faire contrepoids à la loi implacable du profit. Et dénoncer les tentatives de reconfessionalisation des états et des sociétés. L’espérance dont on nous rebat les oreilles en haut lieu ressemble à s’y méprendre au supplément d’âme d’un monde sans âme, la justice sociale laissant la place à la charité.

Dans un tel contexte, défendre et promouvoir la laïcité, idéal d'un monde commun à tous les hommes par-delà leurs différences, c’est contribuer à une politique d’émancipation. Aux dérives du communautarisme il faut opposer les grands principes de la république, et notamment l'émancipation par l'égalité des droits. Mais cette émancipation laïque ne sera pleine que conjuguée à la justice sociale, exigence d'une répartition plus civilisée des richesses produites. Aux dérives du grand marché qui noie tout dans les "eaux glacées du calcul égoïste", la gauche qui ose être elle-même doit opposer le contrepoids des lois sociales et des services publics, et penser un projet de refondation socialiste.

Cher Jean Luc Mélenchon, tu montres la voie d’un ressaisissement politique et conceptuel propre à redonner sens au combat pour un monde plus juste. La clarté et la fermeté des positions politiques que tu ne cesses de défendre est un réconfort et un gage d’espoir pour tous ceux qui se demandent avec angoisse quand la gauche sera à nouveau capable de contrer les dérives d’un ultralibéralisme qui ne s’interdit presque plus rien en matière de destruction des conquêtes sociales.

Je forme des vœux pour le succès du nouveau parti que tu fondes. Ce succès sera celui de la citoyenneté éclairée, à la hauteur du meilleur de l'humanité. Je suis avec toi. Vive le Parti de Gauche !

Fraternellement à toi
Henri Pena-Ruiz

Philosophe, écrivain, Maître de Conférences à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, professeur de khâgne au lycée Fénelon à Paris, ancien membre de la commission Stasi pour l’application du principe de laïcité dans la République

Publié par PG 45 - dans Vie du Parti : Appels et soutiens

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