9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 19:19


On peut se demander si pour certains commentateurs il existe encore une réalité en dehors de celle qui est construite par le système médiatique. Rien d’essentiel n’existerait en dehors de la communication. J’exagère ? Lisez cet article du Monde du 9 décembre. Son auteur décrit l’inutilité de l’Europe face à la crise… pour dire que c’est sans importance puisque Sarkozy a réussi à faire croire le contraire. « Tel un avocat d'affaires, M. Sarkozy habille des désastres annoncés en succès médiatiques. La conséquence politique est décisive : l'Europe, au lieu de se croire vouée à l'échec perpétuel, a de nouveau foi en elle-même. »

Il est logique que les élites « communicantes » survalorisent le pouvoir de la communication. C’est une manière de se célébrer elles-mêmes. Mais la crise a une réalité qui n’est pas réductible à son traitement médiatique. Qu’on en parle ou non, des personnes réelles perdent leur emploi. La crise sociale ne se soigne pas avec des communiqués. Pas plus que la crise économique et politique qui en découle. Dès lors, les discours ronflants sans mesures efficaces creusent un décalage insupportable entre la réalité vécue par la population et sa représentation politico-médiatique.

Le « plan de relance » de Sarkozy, célébré comme historique par de nombreux médias, en est une criante illustration (voir l’analyse détaillée au dos). Sarkozy n’a rien changé de sa politique. Il continue même à vanter la relance par l’endettement des ménages, c’est-à-dire exactement ce qui a produit la crise des subprimes. Son plan ne relancera donc rien, ne créera aucun emploi, ne sera d’aucun secours face à la crise sociale. N’est-ce pas cette réalité qu’il faut avoir en tête pour anticiper la suite ?

Au niveau européen, c’est la même chose. Pendant plusieurs semaines, la Commission Européenne a refusé de valider plusieurs plans de sauvetage des banques qu’elle considérait comme des entraves à la concurrence. Elle a fini par le faire. Les fanfares retentissent pour souligner ce tournant. Mais la Commission considère que ces aides publiques doivent être provisoires. Dès que la situation sera rétablie, l’Etat devra se retirer… et donc reproduire les conditions de « marché libre » qui sont précisément à la racine de la crise !

Le dogmatisme néolibéral de la Commission est donc inchangé. Aucun moratoire sur les libéralisations de la Poste ou de l’énergie. L’Union continue de militer ardemment pour le libre échange mondial présenté comme une réponse à la crise alors même qu’il la nourrit : « nous sommes convaincus qu'un accord mondial sur le commerce amènerait une confiance importante, à un moment où l'économie mondiale a désespérément besoin d'un telle impulsion. » (communiqué de la Commission du 8/12).

Cette obstination dépasse les frontières de la gauche et de la droite. Les mêmes politiques continuent au-delà des étiquettes. Sarkozy déclare n’avoir aucun désaccord avec le travailliste Brown sur face à la crise. Et Peer Steinbrück, ministre allemande des finances, social-démocrate, ferraille contre les appels à la relance lancés notamment par la France. Nulle part une remise en cause.

Le Manifeste pour les élections européennes adopté par le Parti Socialiste Européen (PSE) n’est pas en reste. Il s’intitule « le peuple d’abord, une nouvelle direction pour l’Europe ». Or il commence par piétiner l’expression populaire en appelant à une ratification rapide du traité de Lisbonne. Une référence absente du projet initial mais qui a été ajoutée pendant la rencontre de Madrid ! Quant au changement de direction, il est contredit par les déclarations des chefs de gouvernement issus du PSE, Zapatero, Brown et Socrates, favorables à la reconduction de Barroso à la présidence de la Commission. Face à la crise, des mots sur le changement nécessaire et dans les faits, le soutien à un traité écrit bien avant elle, qui proscrit les aides publiques aux entreprises, interdit toute restriction aux mouvements de capitaux, y compris provenant des paradis fiscaux, confirme l’alignement de l’Europe sur une OTAN de plus en plus belliciste. La crise financière n’a pas changé une ligne à ce catalogue de bonnes intentions contredites par la soumission aux dogmes néolibéraux (par exemple le libre échange réponse à la pauvreté !). A part peut-être cette audacieuse proclamation : « les employés cotisant à des fonds de pension sauront où et comment leur argent est investi ». Au même moment le gouvernement argentin nationalise les fonds de pension pour sauver les retraités de la misère… Le fait d’avoir approuvé ce texte et de s’y référer dans son document d’orientation politique n’interdit pas à Martine Aubry de promettre un PS renouvelé et « ancré à gauche ». La communication, encore et toujours.

Hélas ces faux-semblants contribuent à empêcher l’émergence d’une réponse véritable à la crise. C’est pourquoi il est essentiel de les faire voler en éclats. L’une des ambitions du Parti de Gauche est justement de permettre à la réalité sociale du pays de surgir sur la scène politique et d’y dissiper ces décors en carton pâte. C’est le sens de notre soutien aux luttes en cours, de notre campagne pour le bouclier social comme du front de gauche que nous construisons pour les européennes.

François Delapierre

Publié par PG 45 - dans Politique - Elections

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