13 janvier 2009 2 13 /01 /janvier /2009 20:06


« Le pic de la crise est peut être derrière nous » estimait le visionnaire Dominique Strauss-Kahn dès octobre 2008. Elle n'a cessé depuis de s'aggraver. Mais ce n'est rien à côté de ce qu'annoncent la terrible succession de chiffres tombés ces derniers jours.

Le
chômage explose. Aux Etats-Unis, 524.000 emplois ont été détruits en décembre, portant le bilan 2008 à 2,6 millions, un chiffre sans précédent depuis 1945. Dans l'ensemble des pays développés, le nombre de chômeurs pourrait grimper de 7 à 10 millions d'ici 2010 (chiffre OCDE). Dans les pays en développement il grimperait de 20 millions (chiffre BIT). Soit une hausse de 10 % du nombre de chômeurs dans le monde.

L'action des gouvernements pourrait démentir ces pronostics. Ce n'est pas ce qui se dessine. Lorsque le Figaro lui demande si la crise économique est en train de s'aggraver, le premier ministre du Luxembourg et président de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker semble ne pas s'être aperçu de sa gravité : « C'est difficile à dire. Nous nageons en plein brouillard. Je n'ai pas l'impression que la crise se soit aggravée, mais je n'ai pas non plus la certitude que le pire soit derrière nous. »

Les uniques planches de salut à l'horizon deviennent dès lors les plans de relance allemand et états-unien. Le premier vient d'être adopté par la Grande coalition SPD-CDU. Le second sera mis en œuvre par Obama après sa prise de fonction. Ils ont un point commun : ils sont constitués pour une bonne part de baisses d'impôts. Obama promet une réduction de 1000 dollars pour les ménages gagnant moins de 200 000 dollars par an (95% des familles), le gouvernement allemand 18 milliards d'euros de baisse d'impôt pour les particuliers et les entreprises.

Ainsi, ces gouvernements décident de relancer leurs investissements tout en diminuant leurs recettes déjà lourdement affectées par la crise. Comment font-ils ? Ils financent leurs plans de relance par la dette. Ainsi, la montagne d'endettement qui s'est effondrée sur son versant le plus fragile, les subprimes, continue de grimper là où ses fondations paraissent plus solides, la dette des Etats. Jusqu'où ? Selon un
rapport du Congrès américain publié la semaine dernière, le budget des Etats-Unis devait dégager un déficit de 1.200 milliards de dollars cette année, contre 455 milliards pour 2007/2008. Avec le plan de relance, il dépassera très probablement les 10% du PIB. C'est l'un des plus importants depuis la Seconde Guerre mondiale. Et de loin puisque le précédent record s'était établi à 6% en 1983. L'économie états-unienne, et avec elle l'économie mondiale, entre alors dans des régions inexplorées. Personne ne sait au juste si de tels déficits sont tenables (et combien de temps) ni quelles peuvent être leurs conséquences.

Quelles conséquences sociales ?
41 États aux États-Unis seront confrontés en 2009 à de gros déficits budgétaires. L'unique solution pour y faire face dès lors que domine le dogme des baisses d'impôts, c'est la réduction des services publics de santé ou d'enseignement. Et plus généralement la diminution des dépenses sociales. Entre 7,5 et 10,3 millions d'Américains basculeraient dès lors dans la pauvreté.

Quelles conséquences économiques ?
Depuis plusieurs années, la dette des Etats est financée par les marchés financiers. Dès cette année, on s'attend à l'arrivée de 1 000 à 1 500 milliards de dollars de dettes nettes supplémentaires des Etats-Unis et des pays européens. Au même moment les réserves en devises accumulées par les pays émergents commencent à diminuer, avec notamment la baisse de leurs exportations. Dès lors il devient difficile même pour les Etats réputés les plus sûrs de lever des fonds suffisants sur le marché, à moins d'augmenter le taux d'intérêt servi aux investisseurs. Début 2009, les Etats-Unis et l'Allemagne ont déjà échoué à lever les fonds espérés sur les marchés.

Les gouvernements adoptent donc des plans de relance qui consistent pour l'essentiel à socialiser les pertes de la finance. Au lieu de redistribuer la richesse, ils multiplient les cadeaux fiscaux. Et pour financer le tout, ils servent des intérêts croissants à la finance... payés par le démantèlement de l'Etat ou par le recours aux petits contribuables. La crise produite par la domination de la finance entraîne au final une aggravation de la domination financière !

Cette absurdité n'est pas fatale. Il suffirait de renverser les dogmes en vigueur. D'abord en imposant le partage des richesses. Ensuite, en refusant que le financement de l'économie soit un monopole de la finance privée. Enfin en remettant en cause l'indépendance des banques centrales. Car les banques centrales, qui rachètent des actifs financiers à tour de bras, sont en train de s'enrichir. Le budget de la Banque centrale européenne a augmenté de 55% l'an dernier. Celle des Etats-Unis, dont le budget a quadruplé, va racheter les titres de la dette américaine et donc financer le plan de relance du pays. Mais alors que les Etats européens tirent la langue, les traités leur interdisent de donner des consignes à la BCE qui peut dormir sur son bas de laine.

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